Anthony Macgregor King
Psychologue clinicien au Vésinet
Anthony Macgregor King
Psychologue clinicien au Vésinet

L’accompagnement en dialogue avec un professionnel opère une brèche dans le fantasme, jusque-là vécu à huis clos. Désormais, cela pourrait s’ouvrir sur un échange à deux. Cela permet le passage, par une porte entrouverte, sur une autre scène, partagé avec autrui. C’est une rencontre à exploiter, à saisir !

Mais n’allons pas trop vite en besogne. Ce n’est pas si commode que cela.

Or, en réalité, le paysage intime et interne de l’individu n’a pas été promptement altéré. Non, en fait, ce qui permet l’amorçage d’un changement, si changement de perspective il y a, aussi minime soit-il, c’est peut-être le partage du poids, ou le sentiment éprouvé d’avoir partagé ce fardeau invisible dénommé souffrance. D'où émerge parfois l’idée que son lot de peine, et la place indiscutablement réelle qu’elle occupait jusqu’à présent dans sa vie ont été enfin reconnus, et qu’ils pourraient l’être encore le temps que le dialogue se tisse en profondeur et en texture humaine.

Le dialogue est une bouée de secours ! En la saisissant, l’individu attrape une corde arrimée au lieu sûr. Mais il faut s’accrocher un moment encore. Le danger n’a pas été écarté.

À ce stade, la route à parcourir ensemble s’apparente à une descente en rappel de haute altitude. D’abord, il faut s’éloigner du précipice. Autour, le terrain est peu sûr et les chutes encore possibles. Le dialogue n’est qu’à son début. Et l’allié, s’il est accepté en tant qu’interlocuteur valable – rassurant, calme et disponible, tout le long du chemin à parcourir – doit apporter du sens, insuffler du dialogue, créer de la perspective en ouvrant des champs de possible, afin que puisse s’ouvrir au sein du fantasme suicidaire une vision plus englobante, plus élargie, plus généreuse, et un regard moins obscurci par la chape de souffrance si étouffante jusque-là.

Au préalable, l’individu souffrant d’idées suicidaires devrait savoir que d’en parler avec un interlocuteur ouvert d’esprit est vital, et non pas tabou. Car l’idéation suicidaire n’est jamais banale. Jamais. De ceux qui éprouvent le besoin de mobiliser ce fantasme – au nom d’une soupape, de « voie possible à explorer », de fin éventuelle, expression ultime d’un contrôle sur leur propre vie – presque tous, en l’évoquant en consultation clinique, le revendiquent d’une manière ou d’une autre, au nom d’un droit, un non-choix, faute d’en trouver un de mieux : l’ultime liberté inaliénable de pouvoir sillonner en pensée le fantasme d’une fin actée de « désespoir ».

Les idées suicidaires sont un reflet qui révèle l’état de notre société, et cela notamment chez les adolescents. Plus la société d’adulte est perçue comme étant désirable, plus nous protégeons nos adolescents contre certains facteurs de vulnérabilité, facteurs propices à déclencher chez eux cette morbidité suicidaire, voire mortalité.

Personne ne peut prétendre savoir exactement ce qui déclenche des idées suicidaires ; même les patients qui souffrent d’idéations suicidaires n’en connaissent pas la cause avec certitude. Ils peuvent restituer certaines « causes » qui y contribuent. Mais cela reste le plus souvent un concours de circonstances, intime et moins intime, opérant dans la vie d’un individu. Souvent, ils sont particulièrement stressés, inquiets de l’avenir, vivant sous une pression intense, parfois en manque d’appartenance sociale, avec un sentiment d’être démunis, dépassés, et trop souvent renvoyés à eux-mêmes pour se définir, pour faire face à une réalité dont ils ne savent comment s’en sortir. En voici quelques causes propices à forger une chape de souffrance, qui finit par plonger l’individu au fond du maelström suicidaire. Une forme de désespérance préoccupante qui paraît par moments insurmontable.

L’écoute aide ;

Le dialogue peut sauver ;

L’ouverture détourne le regard et apaise ;

L’attention peut contenir ;

L’encouragement étaye ;

La disponibilité peut rassurer.

 

La relation professionnelle avec un thérapeute permet de creuser les causes de la souffrance. De là, de nouvelles perspectives peuvent diluer son intensité, dénouant en partie le non-sens, ce qui permet de s’ouvrir sur un peut-être... d’où émergera un autre choix, plausible celui-ci. Des choix multiples. Du moins, il y aura peut-être une autre voie à contempler. Et d’autres fantasmes. Des choses à considérer, à dire, à peser, à vivre. Parce que l’espoir respire mieux entre deux. 

© Anthony Macgregor King, avril 2018


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